L’EFFLEURE DU MAL de Jean-Noël LEBLANC

Interview réalisée par Audrey WILLIAMS

 

 

Audrey : Avant de commencer, j'aimerais que tu parles un peu de toi, notamment de ton parcours antérieurement à l'édition de ton polar l’Effleure du Mal.

Jean-Noël : Pour me présenter brièvement, je dirais que je suis « auteur » depuis 3 ans, prof de Français depuis 15 ans, Nivernais depuis 13 ans, être humain et Bourguignon depuis toujours. Amateur du temps qui passe, des livres, des gâteaux au chocolat, de mon chat et de ma famille.

 

Audrey : Quels sont les auteurs qui t'ont marqué ? As-tu en particulier un goût marqué pour Brussolo, Daeninckx ou Fajardie, par exemple ?

Jean-Noël : En fait, j’apprécie beaucoup Arthur Conan Doyle et Maurice Leblanc, pour leurs personnages et leurs énigmes, et avant d’écrire L’Effleure du Mal, j’ai beaucoup relu Simenon. Tu vois que je suis de la vieille école, d’autant que ce n’est qu’après le mot « fin » que j’ai découvert Fred Vargas ! Ceci dit, j’admire aussi le travail scénaristique des Américains sur certains films ou séries. C’est une narration que les auteurs ne peuvent ignorer.

 

Audrey : Tes premiers livres sont ceux d’un humoriste, liés à ton métier de professeur de Lettres. Comment es-tu passé de l’humour au polar ?

Jean-Noël : Même si L’Effleure du Mal est bien un polar, l’humour en est l’un des ingrédients majeurs, ce que me confirment les messages rigolards adressés par les lecteurs. Tu sais, l’humour est une façon de voir la vie. Du coup, ce roman me semble être « de l’humour sous forme de polar ». Tout comme Cocteau était poète, qu’il crée un texte, un dessin ou un film.

 

Audrey : Passons maintenant à l’Effleure du Mal proprement dit. Tu connais déjà le fait d'être publié. Mais quels sentiments as-tu ressentis dès la sortie de ce polar ?

Jean-Noël : Comme à chaque fois, une petite angoisse et une petite fierté. Probablement davantage encore cette fois-ci, puisque l’enjeu était plus personnel, premier roman exige ! Un soulagement aussi, une délivrance, comme un enfant mis au monde – tu apprécieras la métaphore ! – qui permet ensuite de s’adonner sereinement à la conception du bébé suivant. Ce que j’ai fait dès le lendemain de la sortie du polar, à 5h30 du matin. Une libération nécessaire, quoi !

 

Audrey : Comment s’est passée la rencontre avec Thierry Rollet (NdW : Responsable des éditions du Masque d'or) ?

Jean-Noël : C’était au Salon des Auteurs Nivernais, il y a deux ans. J’y présentais mon recueil des Vaches de Profs ! et Philippe Landry, avec qui j’évoquais mon polar presque terminé, m’a présenté le sieur Rollet. Un an plus tard, Thierry recevait et acceptait mon manuscrit.

 

Audrey : Le roman contient de sévères critiques contre l’Education nationale française. S’agit-il d’un règlement de comptes ?

Jean-Noël : Absolument pas, d’abord parce que le Narrateur n’est pas l’auteur : c’est un type qui n’est pas bien dans sa vie, pas bien dans son travail, pour des raisons diverses qu’on ne connaît pas toutes, d’ailleurs. Il profère parfois des horreurs mais son cynisme n’est pas le mien. Tout au plus puis-je viser à l’ironie, mais tout n’est pas si pourri au royaume du Danemark ! Simplement, et c’est ce que les lecteurs doivent comprendre, lorsque l’on crée un personnage, on doit aller au bout de son caractère ; il doit agir, parler et penser en cohérence avec lui-même, et pas selon les sentiments propres à l’auteur. Le personnage est libre, il nous « domine ». Mais pour moi, la vérité de l’Education Nationale se situe dans un juste milieu, entre les Vaches de Profs ! et mes récits chroniqués dans Phosphore. Plutôt baver dans le potage que cracher dans la soupe, c’est ma devise. Et plutôt le clin d’œil que le rictus.

 

Audrey : En fait, je dirais qu’il n’y a pas d’intrigue véritable mais plutôt une provocation de tous les instants. S’agit-il d’une volonté de choquer ? D’autre chose ? Bref, quel est le message ?

Jean-Noël : Je prends ta remarque pour un compliment ! L’intrigue du roman en général est selon moi un prétexte à l’observation d’un monde. Ici, une petite volonté de provoquer ? C’est possible… En tout cas, L’Effleure du Mal stigmatise sans doute une société égoïste et consumériste. Voilà pourquoi les grandes surfaces et la publicité y sont si présentes. Et les gens, même en groupe, même en couple, vivent solitaires. Telle est l’observation cynique et désabusée du Narrateur.

 

Audrey : On voit un sous-officier de gendarmerie plutôt dépassé par les événements. Dirais-tu que c’est vraiment lui qui mène l’enquête ?

Jean-Noël : Il me semble que trois personnes mènent réellement l’enquête dans le roman : le gendarme, le Narrateur… et le lecteur. Vraiment, tu trouves Esteban dépassé ? Mais un crime aussi pervers ne peut pas se résoudre trop facilement, il faut à Esteban le temps d’assimiler ces horreurs, de reconstituer une partie du puzzle – au sens propre comme au figuré. Avec probablement un petit coup de pouce du destin.

 

Audrey : Tu écris pour les ados, puisque tu animes une chronique dans le magazine Phosphore. Dirais-tu que l’Effleure du Mal leur est destiné ?

Jean-Noël : L’Effleure du Mal est destiné à tous types de lecteurs, jeunes ou moins jeunes, lettrés ou simples amateurs d’énigmes policières. Des lycéens, mes élèves ou d’autres, l’ont lu avec plaisir, et des enseignants aussi. Tout ce qui ne vise pas à l’abêtissement des ados leur est destiné, je pense.

 

Audrey : Quels sont tes projets ? Peut-on espérer une suite ? De nouveaux polars ?

Jean-Noël : Mon premier projet à court terme, c’est la participation au Salon des Auteurs Nivernais fin novembre. Pour 2007, quelques ouvrages d’humour sont « en route », et je poursuis avec grand plaisir mes chroniques décalées sur les profs dans le magazine Phosphore : on le lit jusqu’en Moldavie, figure-toi que je viens de recevoir un petit mot très sympa d’une étudiante qui y apprend le Français ! Pour une suite à ce polar, c’est plus que probable : j’ai le synopsis en tête, il ne me manque plus que le temps de l’écrire… dans quelques mois !

 

Audrey : Le mot de la fin sera… ?

Jean-Noël : … « à suivre », donc !