Interview réalisée par Audrey Williams

(1er Prix de la Nouvelle SCRIBO 2005)

audrey.williams@club-internet.fr

 

Titre : MARS-LA-PROMISE

Auteur : Jean-Nicolas WEINACHTER

Collection : Supernova (SF)

Distinction : Prix SCRIBOROM 2005

Date de parution : 03/10/05

 

Je vous présente le roman de Jean-Nicolas WEINACHTER Mars-la-Promise, dont j’ai reçu un SP dès parution et que j’ai lu d’une traite, tant il m’a passionnée. Il a obtenu le prix Scriborom 2005, organisé chaque année par l’entreprise Scribo, Agent littéraire et sa filiale éditrice le Masque d’Or. Jean-Nicolas WEINACHTER est né en 1978 et ce roman (primé !) constitue sa première publication. À encourager !

 

Audrey : Quel est ou quel sera ton parcours littéraire, Jean-Nicolas ?

Jean-Nicolas : S’il s’agit d’un parcours littéraire, alors là, tu tombes à côté ou presque. Je n’ai jamais publié avant Mars-la-Promise, même si j’ai auparavant écrit quelques textes épars, plutôt des ébauches de romans, surtout dans le domaine de la SF et de la Fantasy, plus rarement du fantastique. Je suis courtier en assurances et je m’évade du métier par la littérature d’évasion par excellence : la SF.

 

Audrey : Tes auteurs préférés ?

Jean-Nicolas : J’ai eu la chance de profiter d’une approche de ce genre littéraire grâce à l’un de mes profs de lycée (décédé maintenant), qui m’a surtout initié aux auteurs américains tels que Bradbury, Lovecraft, Howard, Asimov, Clarke, Simak, Hamilton, etc. J’aime la vieille SF, qui n’a pas dit son dernier mot, en dépit des récentes découvertes en astronomie et en astronautique qui, pour les savants (je lis beaucoup de revues de vulgarisation scientifique) posent plus de questions qu’elles ne résolvent de problèmes !

 

Audrey : Qu'est ce qui t'attire dans la SF ? Et peut-être dans d’autres genres littéraires ?

Jean-Nicolas : L’évasion, le paradoxe, l’imagination, l’anticipation de la découverte, tant sur le plan littéraire que sur celui de l’imagination scientifique pure. Si écrire signifie imaginer, alors la SF est la meilleure amie de l’écrivain. Le fantastique, paradoxalement, me semble un genre plus rationnel, puisqu’il s’agit d’une hésitation entre le rationnel et l’irrationnel et que cette hésitation constitue toujours un épisode très restreint dans l’intrigue et dans le temps. La Fantasy est un genre qui a su allier le conte de fées et la SF : c’est certainement le plus beau cadeau à faire à un auteur qui rêve de se divertir en écrivant, que ce mariage réussi entre la science et les dragons !

 

Audrey : Comment s'est passée l’ édition de ton roman ?

Jean-Nicolas : Je connaissais les Editions du Masque d’Or par mon frère cadet, qui s’y est fait publier deux fois déjà sous un pseudonyme. Je savais que mon frère n’avait pas monopolisé toute l’intelligence littéraire de la famille, même s’il considère la littérature d’une façon plus professionnelle que moi (c’est son second métier, alors que pour moi c’est avant tout une évasion). Les Éditions du Masque d’Or organisaient le prix SCRIBOROM, concours de romans dont le thème pour 2005 était « l’aventure humaine ». Et le jury m’a couronné ! L’éditeur : Thierry ROLLET, m’a dit que les jurés avaient apprécié « les qualités humanistes de Mars-la-Promise en surplus des qualités d’écriture » Mazette ! J’ai eu peur de péter les plombs, surtout rétrospectivement quand j’ai appris que l’un des candidats, Pierre Stolze, écrivain de SF très connu, avait concouru et obtenu une mention spéciale, juste derrière moi !

 

Audrey : tes premières impressions de jeune auteur primé et publié ?

Jean-Nicolas : Une formidable griserie ! Je l’ai dit : j’ai failli péter les plombs. Je croyais que ce n'était plus possible à mon âge (27 ans) mais je ne dois pas avoir atteint encore l’âge de raison ! Non seulement c’est mon premier roman achevé, mais encore est-il publié avec un prix ! C’est merveilleux et plus qu’encourageant pour l’avenir !

 

Audrey : L’exploration de la planète rouge est au centre de l'intrigue et se voit traitée comme une aventure plus humaniste que scientifique. Quel message veux-tu faire passer ?

Jean-Nicolas : La planète rouge est une de mes passions, au sein d’une autre que je cultive depuis l’âge de 13 ans, l’astronomie. J’ai commencé à lire tout ce qui concernait Mars, que j’observais régulièrement, durant ma pré-adolescence, avec une lunette que je m’étais achetée en économisant sou par sou. Puis, j’ai fait partie d’un club d’astronomes amateurs qui a bientôt coulé faute d’argent. Ensuite, je me suis intéressé à l’exploration des planètes par des robots. Une exploration humaine me paraît bien plus probante mais, si elle s’effectue, elle doit privilégier l’humanisme, qui doit prendre le pas sur la science pure. Explorer l’espace est un gage de paix, vu le formidable pari que cela implique sur le plan humain. C’est pourquoi la paix et l’entraide entre les hommes s’y impliquent comme des vérités absolues.

 

Audrey : C’est vrai que Mars a toujours passionné les Terriens. Tu fais partie de ces passionnés, m’as-tu dit, ceux que l’actualité déchaîne actuellement puisque les hommes visent particulièrement Mars. S’agit-il donc toujours de roman d’évasion lorsque l’on évoque un présent aussi marquant et un futur aussi proche ?

Jean-Nicolas : J’ai lu, dans l’interview de Pierre Stolze, que, selon lui, « la SF, en tous cas la bonne, n’est jamais détachée du quotidien. » Certes, mon intention n'était pas de parler avant tout de « plaies, de dangers et de promesses. », comme lui le fait dans les Métamorphoses du Vorax (que j’ai lu). Je voulais voir Mars exploré par des hommes, des vrais, qui savent s’entraider et, s’il le faut, souffrir autant que se réjouir ensemble. Mais il s’agit tout de même d’évasion : celle qui poussera toujours l’homme à fuir sa prison terrestre. À condition toutefois qu’il sache le faire dans des conditions qui mettent en valeur toutes les qualités dont il peut rayonner, en dépit de tous les problèmes et les susceptibilités qui le séparent de ses semblables. C’est dont bien une évasion, mais surtout au sens philosophique du terme.

 

Audrey : J'ai, je pense, bien perçu cet aspect philosophique. Surtout lorsque tu montres que, malgré toute sa bonne volonté, l’homme est plutôt un rebelle qu’un philosophe ou même un humaniste. Peut-on dire alors que Mars-la-Promise est aussi une étude de caractères, voire une étude de la révolte ?

Jean-Nicolas : Plus ou moins. J’imagine qu’une exploration spatiale de cette ampleur, bien éloignée des fantasmagories des guerres intergalactiques, mériterait que l’on insiste sur les qualités mais aussi sur les défauts du spationaute. C’est vraiment un espèce à part, très motivée, prête à l’action et même au sacrifice, mais qui ne le fait qu’en fonction de ce qu’il croit être bien ; c’est du moins ainsi que je les présente. Le bien, dans l’espace, prend les dimensions de son milieu : immense et terriblement exigeant. Ainsi, dans le roman, le spationaute en chef prend-il la tête d’une mutinerie contre les autorités terrestres dont il dépend lorsqu’il s’agit d’organiser un sauvetage sur Mars. Par contre, le couple de spationautes met tout le monde en danger en concevant un enfant dans l’espace, malgré l’engagement pris avant le départ. Qu'est-ce que la révolte ? Selon Camus, c’est dire non. Mais non à quoi ? À ce qui semble injuste ou simplement dérangeant ? Les deux choses sont possibles et peuvent prendre chacune, encore une fois, la dimension du milieu où elles se produisent.

 

Audrey : Bref, pour en revenir au roman lui-même, c'est-à-dire à la SF, te rattaches-tu à un courant particulier ?

Jean-Nicolas : Je suis, je l’ai dit plus haut, amateur de « vieille » SF, d’où une histoire d’exploration de la planète Mars. La SF « neuve » me déroute. Je dirais donc que je suis, quoique d’une manière personnelle, rattaché au courant des grands anciens, des maîtres fondateurs de la SF, rien que pour prouver qu’ils font fi de toute mode et qu’ils ont encore quelque chose d’intéressant à écrire !

 

Audrey : Quels sont tes projets en matière de SF ?

Jean-Nicolas : Pour l’instant, je digère Mars en relisant ce que j’ai fait. Je me dis à chaque page que j’aurais dû écrire tel épisode autrement, etc. C’est terrible, une autocritique ! J’ai, en surplus, de nouvelles idées dont une de la même veine : l’exploration, avec terraformation totale cette fois, de la planète Vénus ! Après, on verra…

 

Audrey : Le mot de la fin sera ?

Jean-Nicolas : À bientôt sur Vénus !