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Jean-Noël LEBLANC

L’Effleure du Mal

Éditions du MASQUE D'OR

collection Adrénaline

         Fin novembre humide dans la Nièvre. Un message anonyme parvient à la gendarmerie : « Je vous annonce qu’un meurtre sera commis à Decize le premier jour du Salon des Ecrivains du Coin » Annonce jugée grotesque… jusqu’à la découverte de morceaux humains disséminés çà et là…

         Jean-Noël LEBLANC est né en 1965. Enseignant à Decize, il a déjà fait paraître deux joyeux ouvrages : Perles de lycéens et Vaches de profs ! et chronique chaque mois « l’étrange tribu des Stylos Rouges » dans le magazine Phosphore. Il nous propose aujourd'hui un polar saignant, un peu cynique, un peu cinoque.

19,50 euros franco de port

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L’ARTCLE DE Marie-Christine ROLLET :

            L’univers dans lequel nous entraîne Jean-Noël Leblanc est quelque peu déconcertant pour les amateurs de romans policiers classiques. En effet, peut-on parler de roman policier à la lecture de ce très court roman ? Si l’on veut rester académique, nous répondrions que non. Alors, comment le qualifier ? Nous pourrions le définir comme un conte philosophico-macabre sur la dérive des illusions humaines. Le cadavre, et quel cadavre ! pourrait s’apparenter à une monstrueuse métaphore du désenchantement. La mort est tournée en dérision à travers ce cadavre horrifique, sa cauchemardesque présence nous rappelle la vanité de l’existence, voire son absurdité ; le dégoût qu’il nous inspire n’est-il pas simplement la peur de notre propre futilité ?

            Le jeu macabre du morcellement fonctionne par énigmes ; il nous interroge, ici, sur la part obscure de notre intimité, remet en question notre système de valeurs, nous bouscule dans nos convictions…

            Ce « cadavre exquis » fleurte avec l’humour – noir, bien sûr –, distillé au fil des pages comme une volonté fébrile de violenter une société désespérément engluée dans son conformisme. Le ton est caustique derrière une apparente légèreté, on sourit mais jaune… On déguste une écriture nerveuse et croustillante mais le goût en reste amer. On découvre Decize aux calmes bords de Loire, son patrimoine, son histoire, sa culture… Mais le guide touristique a des relents de carte postale frelatée.

            Tout, dans ce roman, est mystification : l’apparente quiétude d’une petite ville de province, la bonhomie de ses habitants, ses innocentes manifestations culturelles… Cela sent à plein nez un désir de paraître, de bienséance et de bonnes mœurs provinciales.

            Le seul personnage qui nous apporte une certaine stabilité serait l’adjudant-chef Esteban, lui aussi a failli chavirer, mais il s’est raccroché au « bon bout de sa raison » afin de mettre en action ses « petites cellules grises ». Pragmatique, objectif, rationnel, efficace, il est notre bouée de secours devant l’enlisement.

            Quant au narrateur, anonyme comme celui du chevalier Dupin, son cynisme désabusé n’épargne personne… Témoin et narrateur de l’affaire, il l’agrémente de ses réflexions acides sur certaines institutions, sur la nature humaine, sur la souffrance morale et sur la cruauté tacitement organisée du groupe contre l’individu.

            Ce roman oscille entre l’humour noir d’André Breton, qui arguait que « l’humour est la politesse du désespoir » et la désespérance de Samuel Beckett, qui faisait dire à l’un de ses personnages que « rien n’est plus drôle que le malheur ».

            Vous voici donc avertis des périls qui vous attendent derrière la paisible Decize ; comme Alice, risquez-vous à franchir la porte des arcanes et à découvrir, à vos dépens, l’autre côté du miroir.

 

                                                                                                                        Marie-Christine ROLLET

                                                                                                                        Docteur ès-Lettres