Interviews d'auteurs

INTERVIEW

REPOSE EN PAIX, ANN de Pascale REMONDIN

À paraître au Masque d'Or en septembre 2013

par Audrey WILLIAMS

 

Audrey WILLIAMS : bonjour, Pascale. Thierry ROLLET m’a transmis une version électronique de votre prochain roman : Repose en paix, Ann, à paraître aux Éditions du Masque d’Or en septembre 2013. Ce livre se trouve actuellement en pré-publicité sur le site du Masque d'Or.

Pouvez-vous nous éclairer sur la genèse du roman ? Comment l’idée vous en est-elle venue ?

Pascale REMONDIN : Je ne sais jamais trop de quelle façon  les idées me viennent. Un détail peut tout déclencher. Je vois des inconnus se croiser et naît un Baiser. Je vois des gens tristes, un musicien de rue, un sans-abri un peu ivre, un gars à la sale gueule et la Beauté des Ombres apparaît. Je vois des enfants perdus, j’entends un homme pleurer et Ann et Vanya surgissent.

 Audrey WILLIAMS : quelles ont été les principales difficultés posées par l’agencement de l’intrigue ?

Pascale REMONDIN : Dans ce roman, les événements passés agitent un présent qui semblait statique. Marier une immobilité présente, menaçante, à un passé encore remuant pouvait paraître difficile. Heureusement, les personnages mènent la danse et agissent lorsqu’il le faut ! Curieuse sensation, excluant du même coup les grosses difficultés. Et si cette magie n’a pas lieu, je n’écris pas car il m’est impossible de faire un plan bien organisé, posé sur le papier, et de le suivre à la lettre. Je suis une personne assez désorganisée, précisément. (N’allez pas croire que je m’en vante !)

 Audrey WILLIAMS : j’insiste sur l’intrigue, car elle aborde à la fois le thème de l’huis clos et celui de la transformation radicale d’un jeune être. Pensez-vous avoir créé un genre nouveau ou bien vous êtes-vous inspirée de modèles romanesques ou puisés dans l’actualité ?

Pascale REMONDIN :

Ni l’un ni l’autre. À mon sens, un roman policier ne peut être dénué d’états d’âme et comporte obligatoirement une approche psychologique des personnages.

Passionnant thème que celui de l’huis clos. « Nous sommes » huis clos, murs opaques avec de rares fenêtres. J’ai pris beaucoup de plaisir à placer mes deux personnages principaux sous la loupe… Au lieu de « transformation », je parlerais volontiers d’ « éclosion ».

 Audrey WILLIAMS : vous étiez jusqu’ici spécialisée dans le roman sentimental. Vous voici maintenant dans le polar. Pourquoi avoir changé de genre ?

Pascale REMONDIN : Je ne suis spécialisée dans aucun genre littéraire. Je l’ai dit dans une précédente interview, le sentiment est omniprésent, ce qui me garde de poser des barrières, de « quadriller » mes écrits, de disposer, comme sur un échiquier, mes personnages ou mes histoires dans des cases bien différenciées. Dans les moments les plus prosaïques, les plus difficiles, les moins romantiques de notre existence, les sentiments ne nous quittent pas. Et c’est heureux. Un être humain, dans les instants de sa vie les plus éloignés de l’amour, n’en demeure pas moins un « aimant ». (Du verbe aimer, autant que du verbe « aimanter ». Mais oui, on s’attire tout le temps…)

 Audrey WILLIAMS : revenons à l’intrigue. Le personnage du garde du corps inspire à la fois de l’amour et de la haine à Ann. Comment expliquer cette double attitude ?

Pascale REMONDIN : Expliquer le « mécanisme » de l’amour n’est pas à ma portée. Cependant le garde du corps est là uniquement pour Ann. Il lui apporte un sentiment de sécurité nouveau pour elle. Elle comprend du même coup qu’un être dur peut être sincère et attentif. Elle a besoin d’apprivoiser quelqu’un. Quant à la haine, elle peut être justifiée par l’attitude de celui avec lequel Ann est obligée de cohabiter. Amour, haine, les deux sentiments antagonistes pourtant souvent vus ensemble…

 Audrey WILLIAMS : de même, comment expliquez-vous que Ann accepte malgré tout assez facilement de se retrouver cloîtrée ?

Pascale REMONDIN : Ann a besoin d’être guidée. Elle est un être seul qui a « poussé » en liberté, comme un des coquelicots qu’elle aime tant. Cette solitude-là peut engendrer, étrangement, une propension assez développée à accepter et à faire confiance ; parce qu’il y a recherche. De plus, on peut se demander tout au long du roman ce qui domine en Ann, la peur d’être tuée ou la peur d’être seule.

 Audrey WILLIAMS : pensez-vous que Ann soit le reflet d’un de vos précédents personnages ou bien ce personnage est-il entièrement nouveau ? À quel(s) point(s) de vue ?

Pascale REMONDIN : Nouveau puisque différent. Ann est toujours entre deux mondes : celui des adultes et celui des enfants. Tantôt douce, attendrissante et naïve, tantôt violente, révoltée, agaçante, crue, elle est un personnage déroutant et facile à comprendre à la fois.

 Audrey WILLIAMS : son garde du corps fait penser à Kevin Costner dans le film Bodyguard. On a l’impression que vous connaissez les exigences de ce genre de métier. Avez-vous fait des recherches ou bien avez-vous simplement puisé dans votre imagination pour décrire un personnage aussi réaliste ?

Pascale REMONDIN : Je suis bien obligée d’avouer, sans grande honte toutefois, n’avoir jamais vu ce film dont on a pourtant beaucoup parlé. J’ai fait quelques recherches, en effet. Mais je crois de plus en plus à une sorte de  médiumnité  en écriture. Quand Ann s’exprime, pense, agit, je suis Ann. Quand Vanya s’exprime, pense, agit, je suis Vanya. C’est le bonheur de l’auteur : l’immersion totale dans autre chose, dans quelqu’un d’autre. La part de l’imagination est la plus grande.

 Audrey WILLIAMS : sans révéler la fin du roman, quel peut être selon vous l’avenir d’une telle relation ou d’un tel huis clos dans le vécu des personnages ?

Pascale REMONDIN : Il m’est arrivé de voir une possibilité de continuité, comme il m’est arrivé de voir une incompatibilité entre ces deux êtres, mais à chaque fois, j’ai voulu croire que toutes les différences et les difficultés pouvaient être gommées, « aplanies », non par la volonté, mais par ce sortilège, ce miracle qui peut nous faire pénétrer l’âme de l’autre. Pourtant, la dissemblance des caractères de ces deux personnages est tellement  immense qu’il semble improbable d’imaginer un chemin à deux.

 Audrey WILLIAMS : avez-vous d’autres projets de polars ou reviendrez-vous plus volontiers, dans un proche avenir, au roman sentimental ?

Pascale REMONDIN : Je suis bien sûr tentée de vous répondre à cette question comme j’ai répondu à la quatrième. Et en matière d’écriture, je n’ai pas de projet. Les choses se font ou non. C’est bon aussi d’être sans projet. Une idée de roman vous tombe sur la tête comme une pluie chaude d’été ou comme un amour, justement. Rien de prémédité. Polar ou non, je suis de toute façon, dans la « dissection » de l’âme.

 Audrey WILLIAMS : nous souhaitons donc un bel avenir à Repose en paix, Ann et invitons tous nos abonnés à se procurer cette œuvre exceptionnelle, tant dans votre bibliographie que par son esprit tout à fait novateur.

Pascale REMONDIN : Je vous remercie beaucoup.


 

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INTERVIEW  

DE 

Laurence VANHAEREN

auteure de Quinze sous in 1870 - Récits et nouvelles et de le Lien de cristal (nouvelles)

PAR 

Audrey WILLIAMS

 

 Audrey WILLIAMS : Laurence, pourriez-vous nous en dire plus sur votre rencontre avec Thierry ROLLET et les Éditions du Masque d’Or ? Comment a débuté votre collaboration ?

Laurence VANHAEREN : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » est une phrase de Paul Eluard qui sied très bien à ma rencontre avec Thierry Rollet et les Editions du Masque d’Or. Notre histoire a débuté après que j’ai lu et apprécié son ouvrage Contes et légendes des Vosges aux éditions Publibook ; un ouvrage dont j’avais fait l’acquisition à la librairie MagPresse lors de mes vacances. Sur Internet, j’ai trouvé le site de Thierry et ai pris contact avec lui : un échange s’est mis en place. A cette époque, j’écrivais de manière régulière mais encore assez peu : une conversation écrite, puis un atelier d’écriture jusqu’à atteindre la publication et une collaboration toujours grandissante.

 

 Audrey WILLIAMS : pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours littéraire ? Qu’avez-vous publié jusqu'à maintenant ?

 

Laurence VANHAEREN : Après avoir été publiée dans la revue littéraire le Scribe Masqué, la nouvelle l’Oeil du mammouth a été proposée à shortEdition : une maison d’édition en ligne. Sur avis du comité de lecture et des nombreux lecteurs qui ont exprimé, par le biais de votes, leur avis sur ce texte – je les en remercie –, la première place au Prix de Printemps 2011 a été octroyée à cette nouvelle.  Par la suite, d’autres nouvelles ont également été primées. Mes textes continuent d’être publiés au Scribe Masqué.

 

D’autres nouvelles ont également été publiées au format papier : Un vendredi rouge et or a trouvé accueil dans la revue de l’Association belge des professeurs de français alors que Quinze sous a trouvé place aux côtés des nouvelles de Daudet, Maupassant, Thierry Rollet et Zola dans le recueil de nouvelles et récits historiques intitulé 1870Récits et nouvelles.

 

En juillet, la nouvelle Partie italienne a été publiée dans un petit format papier … avant la publication aux Editions du Masque d’Or du recueil  Le lien de cristal en janvier 2013. Un recueil dont j’aurai l’occasion de vous reparler ; une belle aventure à laquelle a participé le peintre belge Bern Wery, puisqu’il en a fait une aquarelle exclusive pour la couverture.

 

 Audrey WILLIAMS : quels sont vos projets en matière d’écriture ?

 

Laurence VANHAEREN : L’auteur Jean-Pierre Girard que j’ai eu le plaisir de rencontrer lors d’une soirée littéraire organisée à Liège a dit : « Si on le pouvait, on s’empêcherait d’écrire ». Avec un sourire, je vous réponds que, comme je ne peux pas, je continue … mais je ne dévoile rien trop vite.

 

 Audrey WILLIAMS : quels sont vos auteurs préférés ? Vous estimez-vous influencée par eux ? Si oui, par lesquels ?

 

Laurence VANHAEREN : Lecture et écriture ne peuvent être dissociés. J’ai donc mes auteurs préférés parmi lesquels André Baillon avec Un homme si simple, Délires… Toute son œuvre finalement. Un être tourmenté qui a su mettre en mots la souffrance.

 

Je lis toujours avec plaisir les ouvrages de E.E.Schmitt ; pour la vérité et la justesse. Mais pas exclusivement, je suis très curieuse finalement.

 

Bien sûr, je pense que la lecture influence l’écriture mais c’est un phénomène inconscient ; et toute la difficulté réside dans le fait que l’auteur est en perpétuelle recherche de sa voix propre.

 

 Audrey WILLIAMS : la nouvelle est-elle votre genre littéraire favori ? Pourquoi ?

 

Laurence VANHAEREN : Mon genre littéraire favori, mais pas exclusif. En ce moment, cependant, je ne me m’imagine pas faire autre chose. Le temps apportera les réponses ; aucune porte n’est fermée. J’aime dire que l’écriture est un sentier …

 

 Audrey WILLIAMS : dans la plupart de vos nouvelles, on rencontre des gens influencés par la vie quotidienne seulement. Cela signifie-t-il que vous considérez le quotidien comme une source d’événements particuliers, donc d’histoires intéressantes à raconter (alors que l’on a plutôt tendance à évoquer le contraire ?)

 

Laurence VANHAEREN : Le quotidien sert de décor à beaucoup de mes nouvelles, oui. Mais je suis plus particulièrement intéressée par les rapports que mes personnages ont avec leur destin : les êtres se dévoilent par les actes qu’ils posent au quotidien.

 

 Audrey WILLIAMS : Partie italienne semble la nouvelle d’une passionnée d’échecs. Est-ce bien le cas ?

 

Laurence VANHAEREN : Non. La partie d’échecs n’est qu’un prétexte, le reflet de l’affrontement entre les deux personnages. En utilisant le déplacement des pièces sur l’échiquier, j’ai donné deux visions différentes de la même relation.

 

 Audrey WILLIAMS : Quinze sous, par contre, reste dans l’analyse du quotidien, en dépit du contexte guerrier. Il s’agit donc bien d’une orientation littéraire particulière de votre part ?

 

Laurence VANHAEREN : Ecrire Quinze sous a été un défi pour moi : j’ai dû m’imprégner d’une période historique que je connaissais mal. J’ai dû m’approprier ce décor avant d’y projeter mon écriture et une de mes valeurs : la protection de l’innocence.

 

 Audrey WILLIAMS : envisagez-vous d’explorer d’autres genres littéraires, notamment celui de l’imaginaire (polar, science-fiction, fantastique, fantasy) ?

 

Laurence VANHAEREN : Tout demeure possible. Le lien de cristal contiendra des éléments policiers, fantastiques… mais aussi très sensuels. Je tiens à garder ma liberté d’écriture : je ne souhaite entrer dans aucune case.

 

 Audrey WILLIAMS : Thierry ROLLET, dans un récent article, disait que les recueils de nouvelles sont difficiles à vendre en pays francophone. Quel est votre sentiment à ce sujet ? (référence de l'article : http://auteur-editeur.com/forum/topics/les-auteurs-fran-ais-de-l-imaginaire-sont-ils-si-peu-vendables )

 

Laurence VANHAEREN : Beaucoup de grands nouvellistes sont Américains : Hemingway s’il ne faut en citer qu’un. Je suis cependant persuadée que les pays francophones peuvent accueillir cette forme de littérature qui est très adaptée au style de vie actuel, lequel réclame quelque chose de très condensé.

 

Sans ouvrir le débat, je suis également d’avis que la nouvelle n’est pas le parent pauvre du roman : elle nécessite un travail d’écriture précis et exigeant. Ecrire une nouvelle, c’est réaliser une intervention chirurgicale de grande précision !

 

La nouvelle mérite qu’on lui fasse place.

 

 Audrey WILLIAMS : le mot de la fin sera… ?

 

Laurence VANHAEREN : Je n’existerais pas sans le regard des lecteurs sur mes mots et mon univers. Merci.

 




INTERVIEW

de Pascale RÉMONDIN

auteure de le Baiser (prix SCRIBOROM 2010)

par Audrey WILLIAMS

1) Comment s’est effectuée votre rencontre avec les Éditions du Masque d’Or ?

J’ai tout simplement participé au concours de romans SCRIBOROM . (NDE : voir les prix SCRIBO sur la page "Concours littéraires SCRIBO)

2) Parlez-nous de la genèse de votre roman : comment vous est venue l’idée, quelles ont été les difficultés de composition…

Je me demande toujours comment et pourquoi une personne « ordinaire » peut basculer dans la différence. Pour quelles raisons un être loyal peut devenir un menteur. Comment un événement, une rencontre peuvent bouleverser une vie simple et rangée. J’aimerais savoir si le mensonge est affaire de douleur… Je souhaitais absolument que cette histoire passionnée naisse d’une situation banale. Je n’ai pas rencontré de réelles difficultés. Les personnages, à peine créés, se sont animés d’une vie intense. Il m’a semblé qu’il prenaient les choses en main ! Ce que je craignais le plus, c’était de sombrer dans la banalité ou le pathos.

3) La littérature sentimentale est-elle votre genre littéraire préféré ? Pourquoi ?

Je n’ai pas de genre de prédilection. Mes lectures sont éclectiques. Souvent, je prends un livre au hasard. Mes plus grands coups de cœur furent Nabokov, Duras et Saint-Exupéry, dont l’œuvre entière me fascine. Son Petit Prince est mon livre d’amour, ma tendresse. Je lis beaucoup de biographies également. Et je sais me régaler d’un bon roman policier de temps en temps.

En ce qui concerne l’écriture, ma préférence va au genre « sentimental » ( finalement, on rencontre peu de livres sans histoire d’amour, quel que soit le genre !) J’aime disséquer les pensées, les cœurs. C’est peut-être aussi ma façon de poser mes questions et de tenter d’y répondre.

4) Avez-vous déjà publié ? Si oui, quoi et dans quels genres ?

Le Baiser est mon premier roman publié. J’espère qu’il ne sera pas le dernier !

5) Ce baiser envoyé à un camionneur inconnu semble être le départ du roman. Mais n’y a-t-il pas autre chose ?

Il y a une solitude avant tout. Le personnage est en quête de son identité profonde ; une identité perdue ou peut-être jamais trouvée. À partir du moment où l’héroïne prend conscience d’être à côté de sa vie, tout peu arriver. Une explosion gigantesque naît souvent d’une étincelle. Ce baiser qu’elle croit envoyer au hasard et par jeu, est forcément un appel au secours. C’est un geste anodin de vie, une sorte de mouvement désordonné de « rattrapage » avant la chute.

6) Vous semblez avoir choisi pour cadre de cet amour adultère une ambiance délibérément sordide : un parking, une première étreinte à la sauvette dans un camion… Pour quelle(s) raison(s) précise(s) ?

Par souci de… subjectivité sans doute ! Je me suis demandé s’il existait un cadre idéal pour une histoire d’amour. En l’occurrence, la relation conjugale obligée de ce couple, dans sa chambre douillette, peut paraître plus sordide que ces moments d’amour sincères sur un parking. Finalement, c’est une question posée qui peut amener en réponse d’autres questions : se connaît-on réellement ? Est-on capable de cela ? Est-il possible d’avoir des certitudes ?

Ce parking, l’exiguïté du camion, doivent faire ressortir la beauté et la force de cet amour, comme la somme des mensonges de Claire met en exergue la véracité de ses sentiments.

7) Votre roman est très riche en dialogues. Est-ce votre conception de la description, de l’analyse romanesque ?

Je ne suis pas nécessairement dans l’analyse lorsque j’écris. Je parlerais volontiers « d’écriture instinctive ». C’est avec leurs mots que Claire et Marc se découvrent, s’ouvrent l’un à l’autre. Ils sont privés de la possibilité de se regarder vivre au jour le jour. Ils ne peuvent « s’apprendre » autrement. La vérité de Claire se trouve dans ses paroles. Quant au mari, il est dans un questionnement perpétuel.

Donc, en quelque sorte, les personnages se décrivent eux-mêmes. Le reste relève plus du constat.

8) Vous en arrivez à employer l’expression : « Tromper son amant avec son mari » : souhaitez-vous redéfinir une morale ?

Ni redéfinir une morale, ni justifier l’adultère. C’est simplement la définition que donne Claire de l’infidélité : tromper l’homme qu’elle aime avec celui qu’elle a cessé d’aimer. Il se trouve que le premier est l’amant, le second, le mari. Dès lors, la morale peut ne pas se trouver remise en question, parce qu’il y a certainement, dans cette expression, la plus belle forme de sincérité.

9) Quels sont vos autres projets littéraires ?

J’écris un autre roman, dans un genre similaire. Il est presque achevé. Je pense déjà à un troisième, dans un genre différent. J’aimerais publier un recueil de nouvelles.

10) Le mot de la fin sera… ?

…un mot de non-fin ! Je vois de l’éternité dans les douleurs, les amours, les bonheurs. La mort est dans le reniement. Je crois que rien ne cesse, même ce qui semble passé et surtout ce que l’on prend soin d’enterrer. On vieillit par la fatigue du poids des bagages !

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INTERVIEW de Valérie CLAUZURE

auteure de Wolfgang M.

par Audrey WILLIAMS

1) Comment s’est effectuée votre rencontre avec les Éditions du Masque d’Or ?

J'ai participé au concours SCRIBOROM 2009, avec une première version de mon roman. Thierry Rollet s'est proposé de faire une fiche de lecture. Après, j'ai retravaillé certaines parties, car la fiction manquait d'intérêt la première fois. J'ai envoyé mon roman retravaillé à Thierry, et c'est cette deuxième version qui fait mon livre: Wolfgang M .

2) Parlez-nous de la genèse de votre roman : comment vous est venue l’idée, quelles ont été les difficultés de composition…

J'ai eu l'idée du scénario en regardant un film sur Johnny Halliday intitulé: Jean-Philippe. Ce film imagine une «dimension parallèle» où Johnny serait inconnu. J'ai trouvé que cela serait plutôt bien pour Mozart. Mais je n'ai pas écrit dans le registre comique (contrairement au film). Ce qui a été difficile : de ne pas être rébarbative et de ne pas refaire une biographie.

3) La littérature musicale est-elle votre genre littéraire préféré ? Pourquoi ?

J'aime la musique, mais je lis aussi d'autres genres littéraires. En fait, j'écoute plutôt la musique, que je ne lis des commentaires dessus. Pour écrire mon roman, je me suis cependant appuyée sur des biographies de Mozart ou des explications sur ses oeuvres.Un livre coup de coeur: Mystérieux Mozart, par Philippe Sollers : c'est très musical et cela donne envie d'écouter Mozart.

4) Avez-vous déjà publié ? Si oui, quoi et dans quels genres ?

C'est mon premier roman publié. Pour tout vous avouer, c'est la première fois que j'écris une histoire aboutie. Mais j'espère poursuivre ce genre d'expérience.

5) Quel parallélisme faites-vous précisément entre votre personnage principal et Mozart ?

Mon personnage principal n'est pas une réincarnation de Mozart, même s'il y a un parallélisme. En fait, c'est plutôt une certaine ressemblance (de caractère, de sentiments) qui va conduire mon personnage vers Mozart. C'est le reflet de ma propre découverte de ce compositeur, mais romancé. Au lieu de raconter comment j'ai découvert Mozart et quelles émotions me procurent sa musique, j'ai préféré imaginer une histoire, avec un chef-d'orchestre et ses musiciens.

6) Vous semblez avoir imaginé Mozart (ou quelqu'un qui le représente) durant notre époque actuelle (puisqu’un parallélisme est fait avec notre époque) : qu’en aurait-il été, selon vous, de sa vie, de ses ambitions, de sa notoriété… ?

Ce n'est pas exactement Mozart. Mon personnage lui ressemble, certes: mais en voici la raison principale. Les grands hommes du passé nous paraissent désincarnés et dépassés; parce que nous avons du mal à imaginer leur vie. Parfois même, nous les idéalisons : c'est notamment le cas en ce qui concerne les biographes de Mozart. Or, un être humain est plus touchant qu'un grand personnage. C'est pourquoi mon chef d'orchestre a cette ressemblance : ses sentiments, ses doutes vont toucher le lecteur, dans ce qu'ils ont de portée humaine. En ce qui concerne Mozart, sa notoriété est universelle. Mais si quelque malchance avait empêché que ce soit le cas...Là mon roman essaie de faire ressentir quelle aurait été la joie de le redécouvrir.

Si Mozart était notre contemporain, j'ignore quel accueil il trouverait auprès du public:

c'est un peu aussi le challenge de mon chef-d'orchestre fictif. Faire aimer ce qui est ignoré.

J'ai aussi pensé à des artistes de beaucoup moins grande notoriété, mais qui savent faire passer leur sensibilité. Car il n'y a pas que la célébrité qui compte.

7) Votre personnage est un grand voyageur, ce qui ne fut pas le cas de Mozart. Par contre, il ne fait pas partie de la franc-maçonnerie, alors que Mozart en était membre. Ces différences ne faussent-elles pas le parallélisme entre eux deux ?

Mozart a aussi beaucoup voyagé, surtout dans son enfance et son adolescence. Pour ce qui concerne la franc-maçonnerie: pour moi, elle a fait partie de la vie de Mozart, mais ce n'est pas l'essentiel. (puisqu'elle a occupé 6 ans de son existence). Pour le parallélisme: mon chef-d'orchestre ne suit pas forcément Mozart sur tous les points !!! Les différences sont aussi là pour montrer que ce n'est pas un sosie ! Ce qui m'intéresse, c'est plus les affinités, les concordances. Comme être sur la même longueur d'ondes. C'est ce qui amène mon personnage vers Mozart, un peu comme un tambour entre en résonnance.

8) En quoi votre roman serait-il assimilable à la littérature fantastique, selon vous ?

Peut-être si on y voit un «retour» de Mozart en personne!!!! quoique...je ne l'aie pas écrit exactement dans ce sens. Peut-être alors, dans un rapprochement passé-présent, où un personnage planté à notre époque aurait des «visions» du passé (comme un médium). Cette sensitivité vis-à-vis du passé n'est pas effrayante, et nul fantôme de Mozart ne vient hanter mon chef d'orchestre! Si fantastique il y a, c'est alors dans le domaine du rêve et du merveilleux. J'ai aussi un peu voulu abolir la barrière qui sépare le siècle de Mozart du nôtre.

9) Quels sont vos autres projets littéraires ?

Ecrire un roman dont le scénario est imaginé à partir d'un opéra de Mozart. C'est une bonne source d'inspiration ! Je voudrais m'inspirer de Cosi fan tutte, en situant une histoire contemporaine. Je changerai beaucoup le scénario, ce serait revu à ma manière, et peu de lecteurs identifieraient mes «sources». car mon prochain récit ne sera pas de la littérature musicale.

10) Le mot de la fin sera… ?

J'ai aimé écrire ce roman, qui m'a permis de faire partager ma passion: la musique, et Mozart en particulier. Cela me fait donc plaisir d'avoir un retour favorable de mes lecteurs. J'aime bien m'exprimer par l'écriture, et j'espère donc poursuivre l'expérience.